RÉFLEXION SUR LA JOURNÉE DU 4 AOUT 1944
PAR LE CAPITAINE MAURICE



Corentin ANDRÉ
le capitaine MAURICE

Chronologie de la journée.

Pour bien comprendre ce qui s'est passé ce 4 août 1944, qui a coûté la vie à 5 victimes innocentes, 3 abattues au Craos-Hent de Perros et 2 pleine ville.
Il est utile de se référer au document établi par l'interprète de la kommandantur Elsa LUCAS, une alsacienne qui a relaté les événements des jours précédents et ceux de la journée du 3 août en soirée.

Voici ce qu'elle déclare :
« Le 2 août au soir à la kommandantur de Lannion on reçoit l'ordre : emballez tout, tenez vous prêts à partir, toute la nuit, on brûle les dossiers.
Le 3 août au matin on charge des montagnes de caisses sur un camion géant ...
Le lendemain le camion sautera sur une mine ...
Le 3 août à 20 heures 30, l'ordre arrive Narvik départ imminent.
Liberté de cambuse. On règle ce qui est dû aux femmes de service avec la partie du butin des pillages qu'on a pas pu emporter...
Le 3 août à 22 heures départ par route de Tréguier ... en mitraillant au passage un tué et un grand blessé à La Roche-Derrien. »
Ce qui détermine « ce sauve qui peut » des organismes de commandement, c'est le déferlement les 1er et 2 août des divisions blindées U.S. débouchant d'Avranches sur Pontaubault et au pont sur la Sélune sur la pâte d'oie qui leur ouvre les routes sur le Nord Bretagne, Rennes et Fougères.
Le 3 août à 18 heures tombe le fameux message de la B.B.C. en destination des forces de résistance en Bretagne « Le chapeau de Napoléon est toujours à Perros-Guirec » qui déchaîna l'insurrection nationale c'est à dire la modification totale de la tactique de guérilla : il s'agit dorénavant de l'occupation des villes, de portions de territoire et de s'y maintenir, de bloquer et d'immobiliser les garnisons et les forces allemandes, de leur interdire les déplacements ...
Un autre élément, ajoutant à la grande panique chez l'occupant dans la journée du 3, sera une directive du fuhrer lui même décidant d'arrêter les colonnes U.S. sur la Rance ... le général SPRANG ( du Gollot en Plounévez-Moëdec ) est désigné pour ce barrage ... sur la Rance alors que les unités US défilent déjà à Merdrignac qui est aux mains de la résistance...
Le bataillon 629 de la 266ème Division d'Infanterie qui stationne de Perros-Guirec à Plestin-les-Grèves en passant par Lannion, bataillon de mercenaires des pays de l'Est qui n'inspirent pas confiance au commandement, et qui sont commandés par le hauptmann le capitaine ERTEL, un gibier de potence, doit faire mouvement sur Saint-Pol-de-Léon avec sa formation pour y relever le 3ème bataillon n° 629 allemand qui inspire confiance au commandement pour marcher sur Dinan, où n'arriveront que des débris de la formation, le reste rencontre des blindés U.S. au sud de Morlaix. En fin de journée du 5 Août les colonnes U.S. entrent en Finistère et se dirigent sur Brest.

Revenons au matin du 4 août en ville de Lannion, les rumeurs de la nuit amplifiées et interprétées par le bouche à oreille, sortent de téléphone arabe local, donnera une tournure dramatique à cette journée par la mort de 5 victimes civiles innocentes abattues par une incursion de représailles venue du camp de Servel.
En fin de soirée, 3 compagnies de maquisards, bien armées et encadrées se sont disposées aux abords sud et est de la ville et à l'aube, discrètement vont s'installer sur un rideau défensif à l'abri des talus du fond de la Corderie au Rusquet en passant par la lisière nord du Croas-Hent de Perros. Pas un coup de feu n'a été tiré, ces mouvements ont totalement échappé aux allemands, dont 2 camions de troupes remorquant un canon et armés jusqu'aux dents viendront littéralement s'empaler dans le dispositif des hommes du maquis, au point qu'aucun coup de feu ne partira des 2 véhicules, d'où n'échapperont que quelques blessés. Les 2 camions un armement important et les blessés sont récupérés à l'aube du 6 et sur le coup de midi servi par des canonniers de la marine, Du Rusquet le canon arrose les baraquements du camp, depuis la veille à midi les drapeaux flottent sur la mairie de Lannion et sur l'hôtel de la poste (actuel siège de Ouest France) et poste de commandement du capitaine MAURICE et de son fidèle ami le capitaine Fritz DREYER.
Lannion ne verra plus de soldats allemands, sinon comme blessés ou prisonniers. Le cauchemar est fini, le 10 août à 10 heures au PC de la poste, après des péripéties diverses la reddition est signée. Le 13 août les américains viendront cueillir les prisonniers, au nombre de 600 pour les Français et 599 pour les Américains, on n'a jamais pu découvrir la nationalité du mauvais comptable.
Un témoin raconte :
Lors de la journée du 4 août 1944, le matin une colonne allemande passe au pont Sainte-Anne des coups de feu sont tirés et Monsieur AUDIGOU est tué.
Devant l'Hôtel de France, toujours près du pont Sante-Anne, un nommé COZIC armé d'un fusil allemand Mauser épaule, tire et d'une seule balle touche un soldat russe qui se trouve devant la poste. Un autre russe donne l'alerte, ils redescendent sur la ville venant du camp de Servel, tuent 3 consommateurs dans un café du Croas-Hent de Perros, ensuite ils mettent un canon en position au tournant faisant face à la boucherie GARANDEL et tirent plusieurs obus dans une maison située 50 mètres plus bas, maison dans laquelle se trouvent 4 personnes dont Monsieur KERAMBRUN et un fils CHARREAU armé d'un gros pistolet, ils réussissent à s'échapper par derrière la maison.


Le canon de 20 mm pris aux allemands
en bonnes mains.